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Blog Politique du parti "Front Républicain" qui fédère les idées Républicaines Humanistes et Progressistes.

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Douce France, dures communautés

Edito de Luc Ferry dans le Figaro
Date : 22/07/2010

Souvent, on me pose la question : ne vivons-nous pas à l’évidence dans des sociétés bien plus violentes qu’hier ? Chaque semaine, ou presque, on apprend qu’un « jeune » ayant été poursuivi par la police, des émeutes se sont déchaînées, dévastant tout sur leur passage. On nous explique, comme si cela allait désormais de soi, que des dizaines de voitures ont été brûlées tandis que des balles réelles étaient tirées sur des gendarmes par des gens encagoulés et armés jusqu’aux dents. Charmant!
Bien entendu, le fait que le « jeune» à l’origine des troubles ait été blessé ou tué parce qu’il forçait un barrage après avoir braqué une banque ou un commerce est presque toujours présenté comme parfaitement secondaire, les forces de l’ordre se trouvant en totale légitime défense. D’où le sentiment qu’en effet la société actuelle est plus violente que celle d’antan.
Un regard jeté sur l’histoire des grandes villes européennes doit cependant nous conduire à nuancer cette impression d’une montée générale de la violence. La vérité, c’est que les tendances de fond des grands pays européens vont depuis plus d’un demi-siècle vers la douceur et la paix, tandis qu’en contrepoint les communautés deviennent, elles, de plus en plus agressives et brutales. Cette affirmation, qui choquera les bonnes âmes, est sans cesse confirmée par les faits.
Pour n’en évoquer qu’un seul – mais il est incontestable – tous les ministres de l’Éducation nationale savent pertinemment, car ils en sont informés en temps réel, que les violences et les incivilités se concentrent pour l’essentiel dans 10 % des établissements. Or ces 10 % ne sont pas distribués au hasard. Comme le montrent les travaux des historiens de la ville, par exemple ceux de Maurice Agulhon, le spectacle du sang était omniprésent dans les grandes cités jusqu’au XXe siècle. La cruauté s’y étalait au grand jour, offrant quotidiennement à la vue des passants, y compris les enfants, des spectacles atroces qu’aucune de nos villes ne supporterait plus aujourd’hui : équarrissage des chevaux en pleine rue, combat sanguinaire de chiens contre des taureaux, jeu de fléchettes où des animaux cloués sur des panneaux en bois servaient de cible… Cette violence s’étendait bien entendu aussi au monde vivant. Sans même parler de l’exécution publique des condamnés à mort, divertissement de premier ordre pour le bon peuple, les manifestations ouvrières du siècle dernier étaient d’une rare brutalité. La répression était féroce, de sorte que les blessés graves ou les morts étaient la règle. En comparaison, nos rituelles « manifs » contre les retraites ou sempiternelles réformes de l’éducation se déroulent aujourd’hui en musique, dans une atmosphère bon enfant.
Souvenons-nous encore que, dans le Paris des années 1960, la fameuse manifestation du métro Charonne fit officiellement neuf morts en plein coeur de la capitale : serait-ce encore imaginable aujourd’hui ? Évidemment non. On me dira que c’était au temps du conflit algérien. Bonne remarque. J’appartiens justement à la première génération de garçons à ne pas partir à la guerre. Mes oncles ont connu celle d’Algérie, mon père celle de 1940, mes deux grands-pères celle de 1914, et nombre de mes aïeux furent blessés ou tués pendant la guerre de Crimée ou durant la Commune de Paris (10 000 fois plus violente que la petite parodie soixante-huitarde).
Ce qui me conduit à dire que la paix est devenue la règle et que la vue du sang est, sauf accident ou intrusion des bandes, presque totalement épargnée aux habitants des centres-villes. En revanche, les communautés qui les entourent ont parfois développé une véritable contre-culture de la violence. Cette dernière, désormais haïe et bannie par l’ensemble du corps social, retrouve ainsi une place de premier ordre dans ses marges.

Nous vivons chaque jour davantage un incroyable déclin de la loi, mais une non moins formidable prolifération des « droits à». Les communautarismes se croient tout permis. Ils défient ouvertement la République jusqu’à s’attaquer à la hache, l’autre jour, aux locaux d’une gendarmerie ! Face à ces dérives hallucinantes, la fameuse antinomie répression-prévention est totalement dépassée. Il s’agit désormais de démanteler, si besoin avec l’armée, des réseaux enkystés. Qu’attend-on pour s’atteler sérieusement à la tâche? L’inefficacité des politiques n’a d’égale que l’exaspération des citoyens.
!
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